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Fiche memo

Surutilisation des forces : prévenir le déraillement

5 min de lecture Karina Mora
L'enjeu

Ce trait de caractère précis qui a justifié votre promotion pourrait bien causer votre prochain grand échec professionnel.

Qu'est-ce que la surutilisation des forces en management ?

Vous pensez maîtriser parfaitement vos atouts professionnels. Mais connaissez-vous le concept de surutilisation des forces management ? Sous l'effet de la pression, chaque grand talent cache souvent un piège redoutable pour vous.

Concept

La surutilisation des forces est la transformation d'une compétence reconnue en un comportement dysfonctionnel sous l'effet du stress. Elle produit une perte d'adaptabilité qui altère gravement vos décisions et dégrade le climat de votre équipe.

Ce phénomène n'est pas une faiblesse intrinsèque. C'est l'exagération rigide d'un comportement dominant. Le concept s'enracine dans la philosophie d'Aristote. Il postule que la vertu est le juste milieu entre deux excès.

En management, Morgan McCall et Michael Lombardo identifient formellement ce mécanisme en 1983. Leurs travaux au Center for Creative Leadership démontrent une réalité. Les causes d'échec professionnel découlent de l'excès des qualités initiales. En 1997, Robert et Joyce Hogan conçoivent le Hogan Development Survey. C'est le premier outil psychométrique validé. Il mesure spécifiquement ces déraillements comportementaux des leaders.

Pourquoi c'est important pour un manager ?

Ignorer ce basculement met directement votre carrière en danger. Le Center for Creative Leadership rapporte une statistique alarmante. Environ la moitié des dirigeants de haut niveau connaissent un déraillement professionnel. La cause principale n'est jamais un manque de compétences techniques ou cognitives.

Les conséquences du déraillement managérial sont nombreuses :

  • Vous détruisez la sécurité psychologique dans votre équipe.
  • Vous prenez des décisions stratégiques imprudentes sous la panique.
  • Vous générez de l'épuisement professionnel par votre propre rigidité.
  • Vous brisez la confiance systémique entre vos collaborateurs.
  • Vous isolez votre département du reste de l'organisation.

Les recherches de Robert Kaplan et Robert Kaiser valident ce point. La surutilisation d'une force cause beaucoup plus d'échecs que les faiblesses originelles des cadres. De plus, les données Hogan le confirment. Les traits liés au déraillement corrèlent positivement avec l'émergence initiale du leadership. Les individus très audacieux sont promus plus vite. Mais ils échouent plus lourdement s'ils manquent de conscience d'eux-mêmes.

Un débat théorique existe dans la littérature académique. Les théoriciens du déraillement affirment qu'une force devient intrinsèquement un défaut. La psychologie positive réfute cette idée. Elle soutient qu'une force n'est jamais réellement surutilisée. Le dysfonctionnement proviendrait de l'absence d'une force modératrice. Par exemple, l'usage d'une franchise absolue sans aucune empathie crée un comportement toxique. Dans les deux cas, le résultat concret reste destructeur pour l'organisation.

Comment ça fonctionne ?

Ce basculement relève de mécanismes neuro-comportementaux puissants. Sous une pression aiguë, vous perdez votre pleine rationalité.

Voici le détail scientifique de ces processus internes :

  • Processus neurologiques : Votre cerveau délaisse le cortex préfrontal. Ce dernier gère le discernement et la nuance. L'activité bascule vers l'amygdale et les ganglions de la base. Vous exécutez alors des routines comportementales automatiques pour vous rassurer.
  • Processus cognitifs : Vous subissez une forte vision en tunnel. Le stress génère un biais de familiarité dangereux. Vous surinvestissez votre stratégie préférentielle. Vous croyez simplement ne pas l'appliquer avec assez d'intensité.
  • Processus émotionnels : La peur de l'échec active vos mécanismes de défense. Vous cherchez à reprendre le contrôle total. L'agilité émotionnelle disparaît. Elle cède la place à la compulsion et à la rigidité.
  • Processus comportementaux : Vous perdez toute réceptivité aux signaux extérieurs. Une escalade de l'engagement se met en place. Sans rétroaction, votre comportement s'amplifie jusqu'à la toxicité.

Deux modèles fondamentaux structurent le phénomène. Le modèle psychométrique de Hogan mesure les déraillements en trois grandes réactions au stress.

1
Pilier

Mouvement d'éloignement (La mise à distance) En réaction au stress, vous fuyez le contact. Votre prudence freine toutes les décisions. Votre scepticisme normal se transforme en une méfiance toxique. Votre réserve naturelle devient de l'insensibilité assumée. Votre irritabilité mène à une forte instabilité.

2
Pilier

Mouvement d'opposition (La tentative de domination) Vous tentez de dominer la situation complexe. Votre audace habituelle devient de l'arrogance aveugle. Votre ruse bascule dans la manipulation. Votre charisme se mue en un comportement théâtral, purement impulsif et profondément égocentrique.

3
Pilier

Mouvement d'allégeance (La recherche de sécurité) Vous tentez de minimiser les risques perçus. Vous vous conformez à la structure hiérarchique. Votre grande diligence bascule vers un micro-management paralysant. Votre loyauté se transforme en indécision chronique ou en soumission totale.

Le Quadrant d'Ofman propose une autre grille de lecture. Il décrit la bascule d'une qualité fondamentale vers son piège. Il indique ensuite le défi d'équilibre à relever. Enfin, il identifie l'allergie sociale qui vous irrite chez les autres.

Comment l'utiliser concrètement ?

1

Menez des évaluations croisées régulières Utilisez des outils de feedback à 360 degrés. Mesurez l'écart de perception entre vos intentions et l'impact réel de vos comportements. Sous pression, vous perdez biologiquement votre capacité d'auto-évaluation objective.

2

Formez des binômes de complémentarité Constituez des duos managériaux avec des profils opposés. Équilibrez vos forces de manière systémique dans l'organisation. Mariez un profil visionnaire orienté sur le risque avec un profil intégrateur rassurant.

3

Instaurez des protocoles de sécurité psychologique Créez des routines claires avec votre équipe. Permettez aux collaborateurs de vous alerter quand vous déraillez. Définissez un langage commun dénué de tout jugement moral ou d'attaque personnelle.

4

Développez votre régulation et votre métacognition Ciblez votre formation sur l'auto-observation active. Ne cherchez pas à améliorer vos points faibles initiaux. Apprenez à gérer votre énergie pour anticiper et éviter les bascules émotionnelles brutales.

Exemple

Le perfectionniste devenant micromanager

Un directeur de projet très rigoureux fait face à un retard critique inattendu.

Le réflexe

Il exige soudainement de valider chaque petit document. Il arrête de déléguer. Il crée un goulot d'étranglement qui démotive totalement ses équipes.

La maîtrise

Il respire et observe son anxiété. Il identifie la tâche essentielle. Il délègue les tâches secondaires en acceptant un niveau de qualité fonctionnel pour avancer.

À retenir
  • Le stress désactive votre cortex préfrontal et déclenche des routines de survie inadaptées.
  • Les qualités ayant favorisé votre ascension causent souvent votre échec aux niveaux supérieurs.
  • L'association de profils complémentaires prévient efficacement le déraillement managérial systémique.

Quelles erreurs éviter ?

Erreur fréquente

Valider une justification toxique N'utilisez jamais ces modèles pour excuser des comportements inacceptables. Votre agressivité ou votre tyrannie ne sont pas le simple revers de votre brillance. Vous restez responsable de l'impact de vos actes sur vos équipes.

Erreur fréquente

Médicaliser le stress organisationnel Ne confondez pas un épuisement nerveux avec une véritable défaillance de la personnalité. Face à des charges de travail irréalistes, la réaction de retrait est normale. Ne déplacez pas la responsabilité dysfonctionnelle de l'entreprise vers l'individu isolé.

Quelles sont les questions fréquentes sur la surutilisation des forces ?

Vous devez d'abord observer vos réactions automatiques lors des situations de grand stress ou de fatigue. Sollicitez ensuite des évaluations à 360 degrés auprès de vos collaborateurs. Vous pouvez également utiliser des outils psychométriques reconnus comme le Hogan Development Survey pour repérer précisément vos comportements de déraillement.

Les théoriciens du déraillement affirment que oui, car la pression rend l'expression de la force rigide et inadaptée. En revanche, les chercheurs en psychologie positive considèrent qu'une force n'est jamais toxique en soi. Le dysfonctionnement viendrait plutôt du manque d'une compétence modératrice, comme l'empathie manquante face à un excès de franchise.

Sous une menace perçue ou une surcharge cognitive, le cerveau bascule son traitement de l'information. Il inhibe le cortex préfrontal responsable du discernement. Il active l'amygdale et les ganglions de la base. Vous perdez ainsi votre auto-régulation et exécutez des routines comportementales de survie sans tenir compte de l'environnement.

Vous devez utiliser un langage commun basé sur des observations factuelles. Concentrez votre feedback sur l'impact précis de son comportement, sans émettre de jugement moral. Instaurez un protocole de sécurité psychologique préalable. L'alerte deviendra un soutien constructif et non une sanction hiérarchique.

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